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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/63

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JEAN RIVARD

Canadiens ont baptisée du nom de tire[1] ; sucrerie d’un goût beaucoup plus fin et plus délicat que celle qui se fabrique avec le sirop de canne ordinaire.

La fabrication de la tire qui s’accomplit au moyen de la manipulation de ce sirop refroidi, est presque invariablement une occasion de réjouissance.

On badine, on folâtre, on y chante, on y rit,
La gaîté fait sortir les bons mots de l’esprit.

C’est à l’époque de la Ste. Catherine, et durant la saison du sucre, dans les fêtes qui se donnent aux sucreries situées dans le voisinage des villes ou des villages, que le sirop se tire ou s’étire avec le plus d’entrain et de gaîté.

Nos défricheurs-sucriers durent se contenter pour cette première année, d’un pique-nique à deux ; mais il va sans dire que Pierre Gagnon fut à lui seul gai comme quatre.

Cependant, la chaudière continuait à bouillir,

Et de la densité suivant les promptes lois,
La sève qui naguère était au sein du bois
En un sucre solide a changé sa substance.

Pierre Gagnon s’aperçut, aux granulations du sirop, que l’opération était à sa fin et il annonça par un

  1. Tire, Trempette ou Trempine, Goudrelle ou Goudille, Casseaux ou Caseaux ou Cassots etc., mots destinés comme beaucoup d’autres à notre futur dictionnaire canadien-français. Il a bien fallu que nos ancêtres inventassent des mots pour désigner des choses qui n’existaient pas en France. Ces mots d’ailleurs sont expressifs et vivront toujours dans la langue du peuple Canadien.

    Le mot micouenne est tiré du sauvage et est employé fréquemment dans les anciens ouvrages sur le Canada.

    Aujourd’hui on ne se donne guère de soin pour trouver des mots français ; on s’empresse d’adopter les mots anglais. Qui voudra prétendre que c’est une amélioration ?