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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/53

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JEAN RIVARD

Pierre Gagnon, sans être amoureux à la façon de son jeune maître, avait aussi contracté un vif attachement pour un charmant petit écureuil qu’il élevait avec tous les soins d’une mère pour son enfant. La manière dont ce petit animal était tombé entre ses mains est assez singulière. Peu de temps après son arrivée dans la forêt, Pierre avait aperçu à une courte distance de la cabane, une écureuil femelle descendant d’un arbre avec ses deux petits qu’elle avait déposés sur les feuilles mortes, dans le but sans doute de leur apprendre à jouer et à gambader : notre homme s’étant approché pour être témoin de cette scène d’éducation domestique, la mère effrayée s’était aussitôt emparé d’un de ses petits et l’avait porté dans la plus proche enfourchure de l’arbre, mais avant qu’elle fut revenue pour sauver son autre enfant, Pierre s’en était emparé et l’avait emporté à l’habitation, malgré les cris d’indignation et de détresse de la pauvre mère.

On ne saurait croire tout le soin que se donna notre rustique défricheur pour élever et civiliser ce gentil petit animal. Il fit pour lui une provision de fruits, de noisettes, de faînes et de glands. Durant les premiers jours il écalait lui-même ses noisettes et le faisait manger avec une sollicitude toute maternelle. Peu à peu le petit écureuil put non-seulement manger sans l’aide de son maître, mais il n’hésitait pas à se servir lui-même et commettait toutes sortes d’espiègleries. Souvent pendant le repas de Pierre Gagnon il sautait lestement sur son épaule et venait dérober dans son plat ce qu’il trouvait à sa convenance. Il était si docile, si candide, si éveillé, si alerte, ses petits yeux brillants exprimaient tant d’in-