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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/39

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JEAN RIVARD

se pourvoir. Il fut un peu déconcerté après que M. Lacasse lui eut fait comprendre qu’il ne pouvait songer à se rendre en voiture à son futur établissement. Il s’était imaginé qu’en abattant quelques arbres par ci par là, le long du sentier de pied qu’il avait déjà parcouru, un cheval pourrait tant bien que mal traîner une voiture chargée jusqu’à sa cabane.

« Ce que vous avez de mieux à faire pour le moment, lui dit M. Lacasse, c’est de vous rendre à pied, avec votre homme, en vous chargeant de provisions pour quelques semaines et de vos ustensiles les plus indispensables. Vous reviendrez plus tard, quand la saison le permettra, chercher les autres effets dont vous ne pourrez absolument vous passer dans le cours de l’hiver. »

Cette perspective n’était guère encourageante, mais Jean Rivard n’était pas homme à reculer sitôt devant les obstacles. Il suivit donc en tous points les conseils de M. Lacasse et partit de bonne heure le lendemain matin.

En le voyant se diriger vers l’entrée de l’épaisse forêt, en compagnie de Pierre Gagnon, tous deux chargés d’énormes sacs, et les bras et les mains embarrassés d’ustensiles et d’outils de diverses sortes, monsieur Lacasse se retournant vers ceux qui l’entouraient :

« Il y a du nerf et du cœur chez ce jeune homme, dit-il ; il réussira, ou je me tromperai fort. »

Et M. Lacasse disait vrai. En s’aventurant hardiment dans les bois pour y vivre loin de toute société, et s’y dévouer au travail le plus dur, Jean Rivard faisait preuve d’un courage plus qu’ordinaire. La