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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/36

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LE DÉFRICHEUR.

l’en aime pas moins ; au contraire, je crois que je la préfère comme cela.

« Mais tu vas me dire : quelle folie ! quelle étourderie ! Comment peux-tu t’amuser à faire l’amour lorsque tu n’as pas les moyens de te marier ? — Tout doux, Monsieur le futur avocat, Monsieur le futur représentant du peuple, Monsieur le futur ministre (car je sais que tu veux être tout cela,) je ne prétends pas à tous les honneurs, à toutes les dignités comme vous, mais je tiens à être aussi heureux que possible ; et je ne crois pas comme vous qu’il faille être millionnaire en petit pour prendre femme.

— « Convenu, me diras-tu, mais au moins faut-il avoir quelque chose de plus à offrir que la rente d’un patrimoine de cinquante louis.

— « Je vous arrête encore, mon bon ami. Plaisanterie à part, sais-tu bien, mon cher Gustave, que depuis que je t’ai écrit, c’est-à-dire, depuis la mort de mon pauvre père, je suis devenu grand propriétaire ? Voici comment.

« Du moment que je me vis obligé de subvenir à mes besoins, et surtout lorsque j’eus obtenu de la bouche de ma Louise l’aveu si doux dont je t’ai parlé, je me creusai le cerveau pour trouver un moyen quelconque de m’établir. Après avoir conçu et abandonné une foule de projets plus ou moins réalisables, je me déterminai enfin… devine à quoi ?… à me faire défricheur !… Oui, mon cher, j’ai acheté récemment, et je possède à l’heure qu’il est, dans le Canton de Bristol, un superbe lopin de terre en bois debout, qui n’attend que mon bras pour produire des richesses. Avant trois ans peut-être je serai en état de me marier, et dans dix ans, je serai riche, je pour-