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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/28

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LE DÉFRICHEUR.

durant sa longue carrière de défricheur, à quels signes on pouvait juger de la bonne ou mauvaise qualité du sol.

— « Monsieur, dit Jean Rivard, je vous remercie mille fois de vos renseignements précieux, que je ne manquerai pas de mettre à profit. Mais, dites-moi, je vous prie, puis-je en toute confiance choisir dans les milliers d’arpents non encore défrichés de ces vastes Cantons de l’Est, le lot qui me conviendra, sauf à en payer plus tard le prix au propriétaire, quand il me sera connu ?

— Oh ! gardez-vous-en bien. Si je vous racontais tous les malheurs qui sont résultés des imprudences de ce genre, et dont nos pauvres compatriotes ont été les victimes, surtout depuis un certain nombre d’années, vous en frémiriez. Les grands propriétaires de ces terres incultes ne sont pas connus aujourd’hui, mais ils se cachent comme le loup qui guette sa proie ; et lorsque, après plusieurs années de travail, un défricheur industrieux aura doublé la valeur de leur propriété, ils se montreront tout-à-coup pour l’en faire déguerpir. Suivez mon conseil, mon jeune ami ; vous avez près d’ici le Canton de Bristol presque entièrement inhabité, et possédé en grande partie par le gouvernement et l’Hon. Robert Smith qui réside dans ce village même ; allez, et si, après avoir parcouru la forêt, vous trouvez un lot qui vous convienne, je me charge de vous le faire obtenir. Mais comme il n’y a encore qu’une espèce de sentier qui traverse le Canton, je vais vous faire accompagner par un homme que j’ai à mon service, qui connait parfaitement toute cette forêt et qui pourra même au besoin vous donner d’excellents avis.