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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/22

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LE DÉFRICHEUR.

transporté au milieu d’une immense forêt. Tout-à-coup des hommes apparurent armés de haches, et les arbres tombèrent çà et là sous les coups de la cognée. Bientôt ces arbres furent remplacés par des moissons luxuriantes ; puis des vergers, des jardins, des fleurs surgirent, comme par enchantement. Le soleil, brillait dans tout son éclat ; il se crut au milieu du paradis terrestre. En même temps il lui sembla entendre une voix lui dire : il ne dépend que de toi d’être un jour l’heureux et paisible possesseur de ce domaine.

Bien que Jean Rivard fût loin d’être superstitieux, ce songe fit cependant sur lui une impression extraordinaire. En s’éveillant, une pensée qu’il regarda comme une inspiration du ciel lui traversa le cerveau, et dès que le jour parut, se levant plus tôt que d’habitude, il annonça à sa mère qu’il allait partir pour un voyage de quelques jours.

Or, voici le projet que Jean Rivard avait en tête. Il savait qu’en arrière des paroisses qui bordent le beau et grand fleuve Saint-Laurent s’étendaient d’immenses forêts qui ne demandaient qu’à être défrichées pour produire d’abondantes récoltes. Là, pour une modique somme, un jeune homme pouvait facilement devenir grand propriétaire. Il est bien vrai que les travaux de déboisement n’étaient pas peu de chose et devaient entrer en ligne de compte, mais ces travaux ne demandaient que du courage, de l’énergie, de la persévérance, et n’effrayaient nullement notre héros.

Jean Rivard avait donc résolu de s’établir intrépidement sur une terre en bois debout, de la défricher, de l’exploiter, et il voulait à cette fin faire une visite d’exploration.