Ouvrir le menu principal

Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/208

Cette page a été validée par deux contributeurs.
203
LE DÉFRICHEUR.

en même temps à une vie de labeur et de renoncement, et se résignent courageusement, suivant les paroles de l’Écriture, « à gagner leur pain à la sueur de leur front. »

« Je ne serais pas sincère si je vous disais que je vous vois avec indifférence quitter cette paroisse où vous êtes nés. Je vous ai baptisés tous deux, je vous ai préparés tous deux à recevoir le pain des anges, tous deux enfin je vous ai unis par ce lien à la fois si sacré et si doux du mariage chrétien ; vous m’êtes chers à plus d’un titre, et en quelque lieu que vous portiez vos pas, mes vœux et mes bénédictions vous accompagneront. Ce qui me console en quelque sorte en me séparant de vous, c’est que la carrière que vous allez parcourir est plus propre qu’aucune autre à assurer le bonheur de l’homme. Tout en tirant du sein de la terre, par un travail modéré, les choses nécessaires à la vie matérielle, vous allez continuer à développer vos forces et votre intelligence, et à exercer dans une juste mesure, toutes les facultés physiques et morales que Dieu vous a départies ; vous vous procurerez ainsi la santé du corps et de l’esprit et ce contentement de l’âme que les sages regardent avec raison comme la première condition du bonheur terrestre.

« Si, en considération de mes cheveux blancs, et de ma bonne et constante amitié, vous me permettez de vous adresser quelques conseils, je vous dirai :

« Conservez jusqu’à la fin de vos jours cette aimable gaîté qui semble être l’apanage exclusif de la jeunesse ; aimez-vous toujours d’un amour tendre et dévoué ; jouissez en paix de tous les plaisirs du cœur, et si le ciel, bénissant votre union, vous accorde des