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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/197

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JEAN RIVARD

pour l’industriel ou l’homme de profession, tout dépend du premier pas. Dans toutes les carrières, les commencements sont hérissés de difficultés et d’ennuis ; dans celle du défricheur plus peut-être que dans aucune autre. Mais celui qui, comme notre héros, a pu sans presque aucun capital, par sa seule énergie, sa persévérance, sa force de volonté, son intelligence et son travail, franchir tous les obstacles et atteindre au premier succès, peut dire sans crainte : l’avenir est à moi.

Jean Rivard avait pleine confiance dans la Providence qui l’avait protégé jusque-là ; que Dieu me laisse la santé, disait-il, et ma fortune s’accroîtra d’année en année ; chaque jour de mon travail augmentera ma richesse ; et avant dix ans je verrai mon rêve se réaliser, ma prédiction s’accomplir.


C’est en faisant ces réflexions et en se livrant à ces espérances, que Jean Rivard partit de Louiseville au commencement du mois d’octobre pour se rendre à Grandpré, laissant à sa maison son engagé Lachance.

il emmenait avec lui, pour la faire assister à ses noces, sa vieille et respectable ménagère, la mère Guilmette, qui s’était toujours montrée pour lui pleine d’attention et de dévouement. Il emmenait aussi son fidèle serviteur et compagnon Pierre Gagnon.

« C’est bien le moins, disait-il à celui-ci, que tu assistes à mes noces, puisque sans toi je ne me marierais pas. »

Ce brave et rustique Pierre Gagnon, malgré sa froideur apparente, ressentait vivement ces marques de bonté ; cette dernière était de nature à le toucher