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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/183

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JEAN RIVARD

à la mère Guilmette qui allait en outre avoir le soin des poules, du petit porc et du jardinage.

La vieille ménagère ne se trouva pas d’abord à l’aise, comme on le pense bien, dans la cabane de Jean Rivard. Elle y manquait de beaucoup de choses fort commodes dans le ménage ; la fraîche laiterie de Madame Rivard à Grandpré, l’antique et grand dressoir, les armoires de toutes sortes, les buffets, le linge blanc comme la neige, tout cela revenait bien de temps à autre se représenter à sa mémoire comme pour contraster avec ce qui l’entourait ; peu-à-peu cependant elle s’habitua à son nouveau genre de vie, et grâce à l’obligeance de Pierre Gagnon qui tout en la raillant sans cesse était toujours disposé à lui rendre mille petits services, à aller quérir son eau à la rivière, allumer son feu, confectionner tous les jours, pour sa commodité, quelques meubles de son invention, elle put introduire en peu de temps des améliorations importantes dans la régie intérieure de l’établissement.

Puis elle se consolait en songeant à la maison nouvelle qu’elle aurait dans l’automne et dont Jean Rivard et ses hommes s’entretenaient tous les jours devant elle.

Vu l’exiguité de l’habitation, déjà trop encombrée, Jean Rivard et ses deux hommes avaient depuis le printemps converti, la grange en dortoir ; ils dormaient là chaque nuit, sur leurs lits de paille mieux que les rois dans leurs alcôves moelleuses ; et la mère Guilmette disposait seule en reine et maîtresse de toute la cabane de Jean Rivard.