Ouvrir le menu principal

Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/180

Cette page a été validée par deux contributeurs.
175
LE DÉFRICHEUR

plus tôt que je n’avais prévu, mais une année de bonheur dans la vie n’est pas à dédaigner… »

La première fois que cette pensée se fit jour dans son cerveau, son cœur battit avec force pendant plusieurs minutes. Il n’osait s’abandonner à ce rêve enchanteur, craignant d’être le jouet d’une illusion. Toutefois, en réfléchissant de nouveau à son projet, en l’envisageant de sang-froid et à tête reposée, il lui sembla de plus en plus réalisable, et notre héros ne fut pas longtemps avant d’avoir tout arrêté dans son esprit.

On a déjà vu que Jean Rivard n’avait pas l’habitude de remettre au lendemain ce qu’il pouvait faire la veille. Il était homme d’action dans toute la force du mot. Aussi, se rendre à Lacasseville, communiquer ses projets à son ami M. Lacasse, se rendre de là à Grandpré, y conclure différentes affaires, s’assurer les moyens de se bâtir dans l’automne et même dans l’été s’il le désirait, demander la main de Mademoiselle Routier pour cette époque tant désirée — tout cela fut l’affaire de moins d’une semaine.

Grâce à l’activité infatigable de notre héros, cette semaine fut bien remplie et dut faire époque dans sa vie.

Son entrevue avec la famille Routier fut des plus satisfaisantes. Jean Rivard fut traité comme méritait de l’être un jeune homme de cœur, et se crut autorisé à demander Louise en mariage, ce qu’il fit tout en expliquant que son intention n’était pas de se marier avant la fin de l’automne.

Le père Routier répondit au jeune défricheur en lui faisant les compliments le plus flatteurs sur son courage et sa bonne conduite, ajoutant qu’il espérait