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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/18

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LE DÉFRICHEUR.

suis laissé entraîner dans une fausse voie. Veuillez en accuser mon peu d’expérience, et croyez que je suis prêt à abandonner sans hésitation, sans arrière-pensée, un projet pour lequel je ne sens d’ailleurs aucun enthousiasme. Mais, en renonçant à ce dessein, je retombe dans les soucis, dans les embarras qui m’ont tourmenté depuis la mort de mon père, C’est une terrible chose, M. le curé, pour un jeune homme sans fortune et sans expérience, que d’avoir à se décider sur le choix d’un état. »

— « Personne, mon enfant, ne comprend cela mieux que moi, et je vous dirai que le grand nombre de jeunes gens qui sortent chaque année de nos colléges m’inspirent la plus profonde compassion. Au point où nous en sommes rendus, si par un moyen ou par un autre on n’ouvre avant peu à notre jeunesse de nouvelles carrières, les professions libérales vont s’encombrer d’une manière alarmante, le nombre de têtes inoccupées ira chaque jour grossissant et finira par produire quelque explosion fatale.

« Si vous me demandez d’indiquer un remède à cet état de choses, je serai bien obligé de confesser mon impuissance. Néanmoins, après y avoir mûrement réfléchi, et avoir fait de cette question l’objet de mes méditations pendant de longues années, j’en suis venu à la conclusion que le moyen le plus naturel et le plus efficace, sinon d’arrêter tout-à-fait le mal, au moins de le neutraliser jusqu’à un certain point, c’est d’encourager de toutes manières et par tous moyens la jeunesse instruite de nos campagnes à embrasser la carrière agricole.

« C’est là, suivant moi, le moyen le plus sûr d’accroître la prospérité générale tout en assurant le