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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/177

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JEAN RIVARD

XXII.

la grande nouvelle.


Les semailles du printemps étaient à peine finies qu’une nouvelle extraordinaire partie de Lacasseville, et transmise d’habitation en habitation à travers le Canton de Bristol, vint mettre en émoi toute la petite population dispersée dans cette forêt séquestrée pour ainsi dire du reste du monde. Ce qui n’avait été jusqu’alors qu’un bruit, qu’une rumeur plus ou moins fondée, était enfin devenu un fait accompli : le gouvernement provincial avait ordonné la confection d’un chemin public à travers le Canton de Bristol. Les arrangements préliminaires étaient déjà arrêtés, les journaliers étaient engagés, les contremaîtres nommés, l’hon. conseiller législatif Robert Smith, propriétaire du Canton, et le représentant Arnold, celui qui avait acheté d’avance la potasse de Jean Rivard en se chargeant des frais de transport, étaient eux-mêmes à la tête de l’entreprise, et avaient la gestion des fonds affectés à la confection du chemin. Bientôt même on apprit que la route était tracée, que les travaux étaient commencés, les premiers arbres abattus, et que les travailleurs s’avançaient à grandes journées à travers l’épaisseur des bois. Les nouvelles de la prise de Sébastopol, de la découverte des mines d’or de la Californie, ou des révolutions qui ont éclaté depuis quelques années dans l’ancien et le nouveau monde, n’ont causé nulle part une sensation plus vive, plus profonde, que n’en