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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/176

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LE DÉFRICHEUR

rais pas, si je ne savais qu’en me faisant cette proposition, tu t’es laissé guider, moins par la réflexion que par une impulsion spontanée ; mais ta démarche va me priver à l’avenir d’une consolation qui me restait, celle d’épancher mes chagrins dans le sein d’un ami. Tu es le seul à qui j’aie jamais fait part de mes mécomptes, de mes embarras, parcequ’avec toi au moins je croyais pouvoir me plaindre sans paraître rien demander. Pouvais-je croire que tu prendrais mes confidences pour des demandes d’argent ? Va, je te pardonne, parceque je connais le fond de ton âme ; mais, une fois pour toute, mon ami, qu’il ne soit plus question d’offre semblable entre nous : mon amitié est à ce prix.

« Tranquillise-toi d’ailleurs sur mon sort ; j’ai réussi dernièrement à me procurer du travail, et je suis maintenant sans inquiétude sur mon avenir.


« Adieu,

« Ton ami,

« Gustave Charmenil. »


Jean Rivard pleura de nouveau en recevant cette réponse, mais il comprit qu’il était inutile d’insister, et tout ce qu’il put faire fut de compatir en silence aux peines de son ami.