Ouvrir le menu principal

Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/172

Cette page a été validée par deux contributeurs.
167
LE DÉFRICHEUR

« J’aurai terminé dans le cours de l’automne prochain mes quatre années de cléricature ; je serai probablement, « après un brillant examen, » suivant l’expression consacrée, admis à la pratique de la loi ; je serai membre du barreau, et quand on m’écrira, ou qu’on parlera de ma personne, je serai appelé invariablement « Gustave Charmenil, Écuier, Avocat ; » ce sera là peut-être la plus grande satisfaction que je retirerai de mes études légales. Je t’avoue que je redoute presque le moment de mon admission à la pratique. J’aurai à payer une certaine somme au gouvernement, à ouvrir un bureau, à le meubler, à m’acheter quelques livres, à faire des dépenses de toilette : à cela, mes ressources pécuniaires s’épuiseront bientôt. Je n’ai pas à craindre toutefois de me voir de longtemps obsédé par la clientèle ; mes rapports avec les hommes d’affaires, durant ma cléricature, ont été restreints, et je n’ai ni parents ni amis en état de me pousser. En outre, la cléricature que j’ai faite n’est guère propre à me donner une réputation d’habileté. Obligé d’écrire pour les gazettes, de traduire, de copier, d’enseigner le français et de faire mille autres choses, je n’ai pu apporter qu’une médiocre attention à l’étude de la pratique et de la procédure, et les questions les plus simples en apparence sont celles qui m’embarrasseront davantage. Tu vois que la perspective qui s’ouvre devant moi n’a rien de bien riant, comparée à l’heureux avenir qui t’attend.

« Ah ! je sais bien que si j’étais comme certains jeunes gens de ma classe, je pourrais facilement me tirer d’embarras. Je me mettrais en pension dans un des hôtels fashionables, sauf à en partir sans payer,