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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/171

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JEAN RIVARD

été assez riche pour me faire conduire à la frontière, je foulerais probablement une autre terre que celle de la patrie, je mangerais « le pain amer de l’étranger. »


Je me suis écrié dans ma douleur profonde :
Allons, fuyons au bout du monde…
Pourquoi traîner dans mon pays
Des jours de misère et d’ennuis ?
..................

Au lieu de ces moments d’ivresse,
De ces heures de joie et de félicité
Que nous avions rêvés dans nos jours de jeunesse,
J’avais devant mes yeux l’aspect de la détresse
L’image de la pauvreté…

Que de jours j’ai passés sans dire une parole,
Le front appuyé sur ma main !
Sans avoir de personne un seul mot qui console,
Et refoulant toujours ma douleur dans mon sein…

Combien de fois errant, rêveur et solitaire,
N’ai-je pas envié le sort du travailleur
Qui pauvre, harassé, tout baigné de sueur,
À la fin d’un long jour de travail, de misère,
Retourne à son humble chaumière !…

Il trouva pour le recevoir
Sur le seuil de sa porte une épouse chérie
Et de joyeux enfants heureux de le revoir.
..................
..................


« Oh ! pardonne, mon ami, à ma lyre depuis longtemps détendue, ces quelques notes plaintives. J’ai dit adieu et pour toujours à la poésie que j’aimais tant. Cette fatale nécessité de gagner de l’argent, qui fait le tourment de chaque minute de mon existence, a desséché mon imagination, éteint ma verve et ma gaîté ; elle a ruiné ma santé.