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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/155

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JEAN RIVARD

Cette fois, malgré toutes ses fatigues il ne put fermer l’œil de la nuit. Je n’essaierai pas de dépeindre ses angoisses ; elles se conçoivent mieux qu’elles ne peuvent se décrire. Il marcha encore toute la journée du lendemain, s’arrêtant de temps en temps pour crier au secours sans presque aucun espoir de se faire entendre. Enfin, disons pour abréger, que ce ne fut que le troisième jour au matin que le malheureux colon aperçut de loin sa petite éclaircie et son humble cabane au milieu.

Son cœur palpita de joie lorsqu’il songea qu’il allait revoir les objets de son affection, sa femme, la compagne de sa misère et de ses travaux, et ses petits enfants auxquels il apportait de quoi manger.

Mais, ô douleur ! pitié pour le pauvre colon !…

Qu’aperçut-il en ouvrant la porte de sa cabane ?

Sa pauvre femme étendue morte !… son plus petit enfant encore dans ses bras, mais n’ayant plus la force de crier… puis l’aîné s’efforçant d’éveiller sa mère et demandant en pleurant un petit morceau de pain !…

Il est dans la vie de l’homme des souffrances morales si affreuses, des douleurs tellement déchirantes qu’elles semblent au-dessus des forces humaines et que la plume se refuse à les décrire.

Ces deux événements arrivés coup sur coup produisirent une telle sensation qu’on se mit de tous côtés à signer des requêtes demandant l’établissement de voies de communication à travers les cantons de l’Est. Pendant que Jean Rivard était encore à Lacasseville, le bruit courut que le gouvernement allait construire un chemin qui traverserait le canton de Bristol dans toute son étendue. Le marchand