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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/153

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JEAN RIVARD

On l’avait trouvé mort, au milieu d’un marécage, enfoncé dans la boue jusqu’à la ceinture… mort de froid, de misère, d’épuisement.

Missionnaire infatigable, pasteur adoré de son troupeau dispersé, sa mort inattendue avait jeté la consternation dans les cœurs et faisait encore verser des larmes.

Des deux hommes qui l’accompagnaient, l’un était mort à côté de lui, l’autre, perclus de tous ses membres, survivait pour raconter ce tragique événement.

Mais une autre nouvelle plus navrante encore, s’il est possible, avait achevé de répandre la terreur dans toutes les chaumières des environs.

Dans un des cantons avoisinant le canton de Bristol avait été s’établir un pauvre colon canadien, avec sa femme et deux enfants, dont l’un encore à la mamelle. Afin d’avoir un lot plus fertile et plus avantageux, il s’était enfoncé dans les bois jusqu’à six lieues des habitations, n’ayant de provisions que pour trois semaines. Là, il s’était bâti une cabane et avait commencé des défrichements. Au bout de trois semaines, ayant fait brûler des arbres et recueilli quelques minots de cendre, il avait transporté cette cendre sur ses épaules jusque chez le plus proche marchand dont il avait reçu en échange quelques livres de farine et un demi-minot de pois. Une fois cette maigre pitance épuisée, il avait eu recours au même moyen, accomplissant toutes les trois semaines, le corps ployé sous un lourd fardeau, un trajet de douze lieues, à travers la forêt. Pendant plus de six mois le courageux colon put subsister ainsi, lui et sa petite famille. Il était pauvre, bien