Ouvrir le menu principal

Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/152

Cette page a été validée par deux contributeurs.
147
LE DÉFRICHEUR

parmi nous, et auraient contribué, dans la mesure de leur nombre et de leurs forces, à développer les ressources du pays et en accroître la population.

En étudiant les causes qui ont retardé l’établissement du Bas-Canada, et fermé de vastes et fertiles contrées à des légions d’hommes forts et vaillants, on se sent agité malgré soi de sentiments d’indignation. Mais laissons là le passé ; l’histoire dira tout le mal qu’ont fait à notre population la cupidité insatiable, l’avarice impitoyable des grands et riches spéculateurs, une politique égoïste, injuste et mesquine, et la mauvaise administration, pendant trois quarts de siècle, de cette belle et intéressante colonie. Sans nous laisser aller aujourd’hui à de justes mais inutiles regrets, cherchons à réparer autant que possible les maux du passé, et ne portons nos regards que vers l’avenir.

Ce serait une bien triste histoire que celle des misères, des accidents, des malheurs de toutes sortes occasionnés par le défaut de chemins dans les cantons en voie d’établissement.

À son retour au village de Lacasseville, Jean Rivard trouva toute la population sous le coup d’une émotion extraordinaire. Deux accidents lamentables arrivés, à quelques jours d’intervalle avaient jeté comme un voile funèbre sur toute cette partie des cantons de l’Est.

Un jeune missionnaire canadien, plein de zèle et de dévouement, s’étant, dans l’exercice de son saint ministère, aventuré dans la forêt sans guide et sans chemin, avait été surpris par les ténèbres de la nuit, et après de longs et vains efforts pour parvenir aux habitations, s’était vu condamné à périr.