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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/147

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JEAN RIVARD

valait mieux après tout les voir moins souvent et les savoir à l’abri du besoin que d’avoir chaque jour sous ses yeux leur état de gêne, peut-être d’indigence.

Pour changer le cours de ses idées, Jean Rivard lui disait avec sa gaîté ordinaire : « Prenez courage, ma bonne mère ; dans cinq ou six ans, vous n’aurez qu’à traverser le lac, je vous enverrai mon carrosse, et vous viendrez visiter le village Rivard ; vous viendrez embrasser vos enfants, et qui sait ? peut-être aussi vos petits enfants… »

— Tiens, ça me fait penser, dit Mathilde, que tu ne pouvais jamais venir plus à propos ; il va y avoir demain ou après-demain une épluchette de blé d’inde chez notre voisin Monsieur Routier ; il y aura de la danse ; tu peux croire si nous aurons du plaisir ; j’espère bien que tu viendras avec nous ?

— Tu sais bien que je ne danse pas.

— Tiens, il n’y a donc pas de maître de danse à Louiseville, dit-elle en riant ? Eh bien ! tu nous regarderas faire. En outre, ne pourras-tu pas avoir le blé-d’inde rouge, tout comme un autre ?

— Mais, j’y pense, là, dit-Jean Rivard, je ne vois pas ce qui nous empêcherait d’aller faire un petit tour dès ce soir même chez nos bons voisins ?

— Et nos bonnes voisines…

Et voilà Jean Rivard parti, suivi de toute la famille, pour se rendre, chez Monsieur Routier, où il fut, comme on le pense bien, reçu à bras ouverts et avec toutes les démonstrations de la joie la plus cordiale par le père, la mère et les enfants. Louise, qui paraissait être la plus froide, n’était cependant pas la moins émue. La conversation se prolongea fort avant dans la nuit ; on y parla de mille choses et en