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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/144

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LE DÉFRICHEUR

qu’il allait venir, dit la petite Luce, la plus jeune fille de Madame Rivard, qui pouvait avoir cinq ans.

— Tiens, elle ne me demande jamais ça à moi dit un des garçons.

— C’est qu’elle a peur que tu te moques d’elle, dit un autre ; tu sais comme il ne faut pas grand’chose pour la faire rougir.

— Moi, dit Mathilde, il v a quelque chose qui me dit que Jean sera ici demain ou après demain.

— J’espère au moins, s’empressa de dire la bonne mère que cette seule supposition rendait presque joyeuse, j’espère que vous n’avez pas mangé toutes les prunes ?

— Ah ! pour ce qui est de ça, dit Joseph, du train que ça va, Jean ferait mieux de ne pas retarder.

— Le pauvre enfant ! continua la mère, il ne mange pas grand’chose de bon dans sa cabane, au milieu des bois… il, travaille toujours comme un mercenaire, il endure toutes sortes de privations… et tout cela pour ne pas m’être à charge, pour m’aider à vous établir…

Et de grosses larmes coulaient sur ses joues…

— Ne vous chagrinez pas, ma mère, dit tout-à-coup Jean Rivard en sortant de sa cachette et s’avançant sur le perron : il y a déjà cinq minutes, que je suis dans la maison et que je vous écoute parler…

Ce fut un coup de théâtre.

— Vous voyez, ajouta-t-il de suite en l’embrassant, et en embrassant tous ses frères et sœurs, que je suis en parfaite santé, puisqu’après avoir traversé le lac tout seul dans mon canot, je me suis rendu à pied jusqu’ici, à travers les champs.