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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/140

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LE DÉFRICHEUR

Sa visite avait aussi un autre but que mes jeunes lecteurs ou lectrices, s’il s’en trouve qui aient voulu suivre notre héros jusqu’ici, comprendront facilement.

Avant son départ, il annonça à ses deux hommes, devenus l’un et l’autre ses créanciers pour d’assez fortes sommes, qu’il les paierait à son retour. Lachance parut satisfait, et offrit même de contracter un engagement pour un nouveau terme de six mois. Quant à Pierre Gagnon, il paraissait, contre son habitude, tout-à-fait soucieux ; il avait évidemment quelque chose sur le cœur, et Jean Rivard craignit même un instant qu’il ne parlât de quitter son service. Mais cette appréhension était sans fondement ; ce qui rendait Pierre Gagnon sérieux, c’est que lui aussi avait son projet en tête. En effet, ayant trouvé l’occasion de parler à son maître en particulier :

« Monsieur Jean, lui dit-il, je n’ai pas besoin pour le moment des quinze louis que vous me devez, et je peux vous attendre encore un an, mais à une condition : c’est qu’en passant à Lacasseville, vous achèterez pour moi le lot de cent arpents qui se trouve au sud du vôtre… C’est une idée que j’ai depuis longtemps, ajouta-t-il ; je travaillerai encore pour vous pendant un an ou deux, après quoi je commencerai à défricher de temps en temps pour mon compte. Qui sait si je ne deviendrai pas indépendant moi aussi ?

— Oui, oui, mon ami, répondit Jean Rivard sans hésiter, j’accepte avec plaisir l’offre que tu me fais. Ton idée est excellente, et elle me plaît d’autant plus que je serai sûr d’avoir en toi un voisin comme on n’en trouve pas souvent. Va ! je connais assez