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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/14

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LE DÉFRICHEUR.

tout de faire emploi de petits moyens, de ces raisons futiles connues sous le terme d’objections à la forme et qui dénotent chez leurs auteurs plus de subtilité d’esprit que de libéralité et de largeur de vues. Ces messieurs ont bien quelquefois leurs petits ridicules. Vous vous rappelez ce passage de Timon :

Les avocats parlent pour qui on veut, tant qu’on veut, sur ce qu’on veut, etc., etc.

et vous avez lu sans doute son chapitre sur l’éloquence du barreau. »

— « Je vous avouerai, M. le Curé, dit Jean Rivard, que l’amour des honneurs n’est pour rien dans le choix que j’ai voulu faire ; je n’ai pas la prétention de faire un orateur ni un homme politique. Mon but ; hélas ! est peut-être moins élevé, moins noble ; j’ai cru voir dans cette carrière un acheminement à la fortune, et un moyen d’aider à l’établissement de mes jeunes frères. »

— « Venons-en donc à cette question, puisqu’elle est la plus intéressante pour vous. Vous avouez qu’en vous lançant dans cette carrière vous avez, comme tous vos confrères, l’espoir d’y faire fortune ; vous pourriez être un de ces rares privilégiés, bien que vous admettiez vous-même que vous ne possédez pas cette assurance, ni cette facilité d’expression qui font les avocats éminents. Mais il est un moyen assez simple de vous éclairer sur ce sujet. Prenez la liste des avocats admis depuis vingt ans aux divers barreaux de la province, et voyez dans quelle proportion se trouvent ceux qui vivent exclusivement de l’exercice de leur profession. Je ne pense pas me tromper en disant que c’est à peine si vous en trouvez un quart.