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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/137

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JEAN RIVARD

d’aller mourir à l’hôpital. Ce n’est pas une perspective bien amusante. En outre, Mademoiselle, que pourrais-je dire qui n’ait été dit cent fois, et beaucoup mieux que je ne puis le dire ? Je suis bien flatté de la haute opinion que vous avez de moi ; mais vous pouvez m’en croire, si je me lançais dans cette carrière, je ne pourrais être qu’un pâle imitateur, et ceux-là, vous le savez, sont déjà assez nombreux. Je ne veux pas être du nombre de ces poètes qui suent sang et eau pour faire des rimes, et passer comme ils disent, à la postérité, tandis que leur réputation n’ira probablement jamais au-delà des limites de leur canton.

— Mais, si tous disaient comme vous, Monsieur, personne n’écrirait.

— Ce ne serait peut-être pas un grand malheur après tout. Notre siècle ne peut guère se vanter, il me semble, de ses progrès en littérature, et je crois que la lecture des grandes œuvres des siècles passés est encore plus intéressante, et surtout plus profitable que celle de la plupart des poètes et littérateurs modernes.

— Mais est-ce que vous n’aimez pas Chateaubriand et Lamartine ? Ce sont mes auteurs favoris.

— Au contraire, je les aime et les admire beaucoup, au moins dans certaines de leurs œuvres, mais…

« J’allais répondre plus longuement lorsque M. X*** l’avocat qui accompagnait Mademoiselle DuMoulin au bazar, vint la prier pour une contredanse.

« Elle se leva lentement et je crus voir — peut-être me suis-je fait illusion — qu’elle s’éloignait à regret.

« Il me semble que j’avais une foule de choses à lui dire ; le cœur me débordait ; mais il était déjà