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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/135

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JEAN RIVARD

et la plus expressive qui se puisse entendre ! Je pouvais facilement saisir et comprendre chaque mot qu’elle prononçait, chose étonnante de nos jours où il semble être de mode d’éviter autant que possible d’être compris. Il est même arrivé à ce sujet un quiproquo assez comique. Une demoiselle venait de chanter avec beaucoup de force et d’emphase la chanson

Salut à la France.
      etc., etc, etc.,


elle avait même eu beaucoup de succès, et plusieurs personnes s’empressaient de la féliciter, lorsqu’un jeune galant s’approchant : Maintenant, dit-il en s’inclinant, Mademoiselle nous fera-t-elle le plaisir de chanter quelque chose en français ?

« Imagine-toi l’envie de rire des assistants ; il croyait tout bonnement qu’elle venait de chanter une chanson italienne.

« Mademoiselle DuMoulin m’a paru être aussi une musicienne consommée.

« Je ne te parlerai pas du souper : c’était, mon cher, tout ce qu’on peut imaginer de plus splendide. Le prix des vins, des viandes, salades, pâtisseries, crèmes, et gelées de toutes sortes consommés dans cette circonstance eût certainement suffi à nourrir plusieurs familles de colons durant toute une année.

« Ce n’était pas de bon goût d’avoir une idée comme celle-là dans une telle circonstance. Mais, malgré moi elle me poursuivait, m’obsédait et me faisait mal au cœur.

« Vers la fin du bal, voyant Mademoiselle DuMoulin seule dans un coin, je me hasardai à faire quelques