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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/134

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LE DÉFRICHEUR

ver dans ces amusements frivoles ? La plupart de ceux qui paraissent aujourd’hui si gais, seront probablement demain beaucoup moins heureux que mon ami Jean Rivard. Tu n’auras peut-être jamais l’occasion, durant ta vie, d’assister à aucune de ces grandes fêtes mondaines ; mais console-toi, tu ne perdras pas grand’chose. Parmi les hommes sérieux qui assistaient au bal d’hier soir, ceux qui ne jouaient pas aux cartes paraissaient mortellement s’ennuyer. Les plus heureux dans tout cela me semblent être les jeunes filles qui peuvent dire après la soirée : je n’ai pas manqué une seule danse.

« Tu vois par là que je ne suis pas fort épris des bals. En effet je suis un peu, je te l’avoue, du sentiment de cet écrivain moraliste qui prétend que les bals ont été inventés pour le soulagement des malheureux, et que ceux qui se plaisent dans leur intérieur domestique ; ou dans la compagnie de quelques amis intimes, ont tout à perdre en y allant.

« Je ne voudrais pas prétendre néanmoins m’être ennuyé à la soirée de Madame DuMoulin ; quand je n’aurais eu aucun autre sujet d’amusement, que la présence de ma ci-devant belle inconnue, cela seul eût suffi pour m’empêcher de compter les heures. Quel plaisir je goûtais à la voir danser ! sa démarche légère et modeste, ses mouvements gracieux, et jusqu’à son air d’indifférence, tout me charmait chez elle.

« Mais ce qui me ravit plus que tout le reste, ce fut de l’entendre chanter, en s’accompagnant sur le piano. Tu sais que j’ai toujours été fou de la musique et du chant ! Eh bien ! imagine-toi la voix la plus douce, la plus harmonieuse, et en même temps la plus flexible