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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/129

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JEAN RIVARD

ment d’amour et d’admiration que ressentait Télémaque pour la belle nymphe Eucharis à la cour de la déesse Calypso. Tu vois que je n’ai pas encore oublié mon Télémaque. Elle était sans cesse entourée ou suivie d’une foule de jeunes galants qui se disputaient ses sourires et ses regards. Bientôt je l’aperçus qui faisait le tour de la salle, avec un papier à la main, accompagnée de Monsieur X***, un de nos premiers avocats, qui paraissait être assez en faveur auprès d’elle.

« À mesure qu’elle avançait vers l’endroit où j’étais, le cœur me battait davantage. Enfin elle arriva bientôt si près de moi que j’entendis le frôlement de sa robe ; ma vue se troubla… je ne voyais plus rien… seulement j’entendis son cavalier lui dire :

« Mademoiselle Du Moulin ! Monsieur de Charmenil !

« Je saluai machinalement, sans regarder, je tremblais comme une feuille.

« L’avocat m’expliqua, en riant probablement de ma figure pâle et de mon air déconcerté, que Mademoiselle Du Moulin voulait tirer à la loterie une petite tasse à thé en porcelaine.

« S’apercevant sans doute de mon trouble et voulant me mettre plus à l’aise, ma belle inconnue (car c’était bien elle qui s’appelait Mademoiselle Du Moulin) dit alors d’un ton que je n’oublierai jamais :

« Oh ! je suis sûre que M. de Charmenil n’aime pas les tasses athées, en appuyant sur le mot athées.

« Je ne compris pas le jeu de mot.

« La mise était de trente sous. J’étais tellement hors de moi que je donnai non seulement mon trente