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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/128

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LE DÉFRICHEUR

tion n’est pas à dédaigner ; il doit être difficile de résister à un sourire comme le sien.

« Il me prit donc une envie furieuse, irrésistible, d’y aller faire une visite. Je te confierai bien volontiers — puisqu’entre amis il faut être franc — que c’était pour le moins autant dans le but de voir ma belle inconnue que pour faire la charité. Tu sais déjà que mes finances ne sont pas dans l’état le plus florissant. J’avais justement deux écus dans ma bourse ; c’était tout ce que je possédais au monde, en richesse métallique. Je résolus d’en sacrifier la moitié. J’allais donner trente sous d’entrée et acheter quelque chose avec l’autre trente sous. Si je pouvais, me disais-je à moi-même, obtenir quelque objet fabriqué de ses mains ! Et là-dessus je bâtissais des châteaux en Espagne.

« Je me rendis donc, un bon soir, au bazar en question. La salle, magnifiquement décorée, était déjà remplie d’acheteurs, d’acheteuses, de curieux, de curieuses ; il y avait de la musique, des rafraîchissements ; les tables étaient couvertes d’objets de luxe, d’articles de toilette ou d’ameublement, de joujoux, en un mot de tout ce qui pouvait tenter les personnes généreuses et même les indifférents.

« Au milieu de toute cette foule j’aperçus de loin ma belle inconnue. Ô mon ami, qu’elle était belle ! Jusque là je ne l’avais vue que coiffée (et il faut dire que les chapeaux ne sont pas toujours un ornement) ; elle avait une magnifique chevelure, et sa figure, vue ainsi le soir dans une salle resplendissante de lumières, dépassait encore en beauté tout ce qu’elle m’avait paru jusqu’alors.

— « Il me semblait éprouver en la voyant ce senti-