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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/127

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JEAN RIVARD

nom, elle m’a parlé, elle m’a dit quelques mots, et ces mots retentissent encore harmonieusement dans mes oreilles. Ne vas pas m’accuser d’inconséquence et dire que j’ai failli à mes bonnes résolutions ; la chose s’est faite d’elle-même, et sans qu’il y ait eu de ma faute. Voici comment :

« Il y a eu dernièrement un grand bazar à Montréal. Tu as souvent entendu parler de bazars, tu en as même sans doute lu quelque chose dans les gazettes, mais tu ne sais peut-être pas au juste ce que c’est. On pourrait définir cela une conspiration ourdie par un certain nombre de jolies femmes pour dévaliser les riches au profit des pauvres. Les dames qui peuvent donner du temps à la couture, à la broderie, et qui se sentent dans le cœur un peu de compassion pour les malheureux, travaillent souvent pendant deux ou trois mois pour pouvoir offrir à un bazar deux ou trois articles de goût qui seront achetés à prix d’or par quelque riche bienfaisant. C’est, suivant moi, une excellente institution. Bon nombre de jolies citadines, — je ne parle pas de celles dont la vie, suivant certains malins scribes toujours prêts à médire, se passe à « s’habiller, babiller et se déshabiller, » mais de celles mêmes qui étant très-bonnes, très-sensibles, très-vertueuses ont cependant été élevées dans l’opulence et l’oisiveté — se trouveraient peut-être sans cela à ne savoir trop que répondre au Souverain Juge au jour où il leur demandera ce qu’elles ont fait sur la terre pour le bien de l’humanité.

« Eh bien ! il faut te dire que ma Belle inconnue était à ce bazar ; j’en étais sûr, elle est de toutes les œuvres charitables, et il faut avouer que sa coopéra-