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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/125

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JEAN RIVARD

mort. Je ne te souhaite pas souvent des aventures comme celle-là.

« Tu t’imagines que tout ce que tu me racontes de tes travaux, de tes procédés d’abattage, de brûlage, d’ensemencement, ne peut que me faire bâiller ; au contraire, mon ami, tous ces détails m’intéressent vivement ; tu peux m’en croire. Je n’ai pas encore eu le temps de faire une longue étude de la politique, mais j’en suis déjà depuis longtemps venu à la conclusion que les hommes les plus utiles parmi nous sont précisément les hommes de ta classe, c’est-à-dire les travailleurs intelligents, courageux, persévérants, qui ne tirent pas comme nous leurs moyens d’existence de la bourse des autres, mais du sein de la terre ; qui ne se bornent pas à consommer ce que les autres produisent mais qui produisent eux-mêmes. Oui, mon ami, quand je songe aux immenses ressources que possède notre pays, je voudrais voir surgir de tous côtés des milliers de jeunes gens à l’âme ardente, forte, énergique comme la tienne. En peu d’années, notre pays deviendrait un pays modèle, tant sous le rapport moral que sous le rapport matériel.

« Ma dernière lettre t’a chagriné, me dis-tu : tu crois que je ne suis pas heureux. Quant à être parfaitement heureux, je n’ai certainement pas cette prétention ; mais je ne suis pas encore tout à fait découragé. Ce qui me console dans ma pénurie et mes embarras, c’est que je ne crois pas encore avoir de graves reproches à me faire.

« Venons-en maintenant aux conseils que tu me donnes : — « Tu n’es pas fait pour le monde, me dis-tu, et à ta place je me ferais prêtre, j’irais évangéli-