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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/12

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LE DÉFRICHEUR.

se flattait qu’après une première année passée chez son patron, il recevrait pour son travail une rémunération suffisante à ses dépenses d’entretien. Ce qui lui faisait aussi caresser ce projet, c’était la perspective de se retrouver avec son ami Gustave Charmenil, alors étudiant en droit à Montréal, ami intime, camarade d’enfance, compagnon de collége, dont le souvenir était encore tout chaud dans sa mémoire.

Cependant Jean Rivard ne voulut en venir à aucune détermination arrêtée avant d’avoir consulté le plus ancien ami de son père, M. l’abbé Leblanc, curé de Grandpré ; car, dans nos paroisses canadiennes, le curé est presque toujours regardé comme le conseiller indispensable, le juge en dernier ressort, dans toutes les importantes affaires de famille.

Jean Rivard n’eut rien à apprendre à monsieur le curé qui avait déjà tout appris par la rumeur publique.

— « Je m’attendais à votre visite, mon jeune ami, lui dit le vénérable prêtre, et je suis heureux de vous voir. J’ai pensé tous les jours à vous depuis un mois ; j’ai partagé vos inquiétudes, vos embarras, et puisque vous venez, suivant votre coutume, me demander mon avis, je vous dirai franchement et sans détour, que nous n’en sommes pas venus tous deux à la même conclusion. Votre projet d’étudier le droit ne me sourit pas, je vous l’avoue. Vous savez que j’ai moi-même étudié cette profession avant d’entrer dans les ordres ; je puis par conséquent vous parler en homme qui possède une certaine connaissance de son sujet. » Il se fit un moment de silence.

« Je ne vous cacherai pas, continua le curé, que