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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/113

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JEAN RIVARD

mura le nom de sa mère et d’autres mots incohérents…

Il allait mourir… quand tout-à-coup un bruit de pas se fait entendre dans les broussailles, et une voix essoufflée s’écrie avec force :

« Tonnerre d’un nom ! Puis au même moment un coup de hache appliqué adroitement et vigoureusement sur la tête de l’ourse, lui sépare le crâne en deux…

C’était Pierre Gagnon qui venait de sauver la vie à son jeune maître.

Le premier hurlement de la bête avait d’abord attiré son attention ; peu après il avait cru entendre une voix humaine, et il s’était de suite dirigé en courant dans la route qu’avait suivie Jean Rivard.

Il était survenu à temps ; deux minutes plus tard Jean Rivard n’était plus.

Tout son corps était déchiré, ensanglanté, mais aucune blessure n’était grave. Seulement, son système nerveux, était, on le pense bien, dans une agitation extraordinaire.

Dès qu’il fut relevé, se jetant au cou de son libérateur :

« Pierre, s’écria-t-il, c’est à toi que je dois la vie ! que puis-je faire pour te récompenser ?

— Ô mon cher maître, dit Pierre, les larmes aux yeux, puisque vous êtes encore en vie je suis bien assez payé. Tonnerre d’un nom ! moi qui m’amusais là-bas à chanter bêtement, tandis qu’ici vous vous battiez contre un ours. Et dire que si j’étais venu cinq minutes plus tard… tonnerre d’un nom !… quand j’y pense !… »