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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/112

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LE DÉFRICHEUR

suite la mère leva la tête en poussant un hurlement affreux qui retentit dans la forêt comme un immense sanglot, et d’un bond se lança vers Jean Rivard… Notre héros crut que sa dernière heure était venue ; il fit son sacrifice, mais, chose surprenante, il reprit une partie de son sang-froid et résolut de faire payer sa vie aussi cher que possible. Il tenait son couteau dans sa main droite ; il l’éleva promptement comme pour se mettre en défense. La mère ourse, mugissant de fureur, se dressa de toute sa hauteur sur ses pieds de derrière, et s’élançant vers Jean Rivard, les narines ouvertes, la gueule béante, cherchait à l’écraser dans ses terribles étreintes. Trois fois Jean Rivard, par son adresse et son agilité, put éviter ses bonds furieux ; pendant quelques secondes, les deux adversaires jouèrent comme à cache-cache. Il y eut une scène de courte durée, mais fort émouvante. L’animal continuait à hurler, et Jean Rivard appelait son compagnon de toute la force de ses poumons ; L’intention de Jean Rivard, si l’animal, le saisissant dans ses bras, menaçait de lui broyer le crâne ou de lui déchirer le visage, était de lui plonger hardiment dans la gorge son couteau et son bras ; mais ce dernier embrassement, il désirait le retarder aussi longtemps que possible.

Cependant l’implacable animal avait résolu d’en finir ; il fit un nouveau bond mieux dirigé que les autres, et Jean Rivard sentit s’enfoncer dans ses deux bras les cinq ongles durs et crochus de chacun des pieds de devant de l’animal ; il n’eut pas le temps de se retourner, il roula par terre sous le ventre de l’animal… C’en était fini… Ô mon Dieu ! s’écria-t-il, puis, d’une voix étouffée, il mur-