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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/11

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JEAN RIVARD

Rarement le sage conseil du poète :

Soyez plutôt maçon, si c’est votre talent,

est écouté dans cette importante conjoncture.

Il existe aussi malheureusement chez nos populations rurales un préjugé funeste qui leur fait croire que les connaissances et l’éducation ne sont nullement nécessaires à celui qui cultive le sol : à quoi sert d’être savant, dira-t-on, pour manier le manchon de la charrue ? Et rien n’est plus étrange aux yeux de certaines gens que de voir un jeune homme instruit ne pas faire choix d’une profession libérale.

Aussi les professions d’avocat, de notaire, de médecin, refuges obligés de tous les collégiens qui n’embrassent pas le sacerdoce, sont déjà tellement encombrées dans notre jeune pays qu’une grande partie de leurs membres ne peuvent y trouver le pain nécessaire à la vie matérielle. La carrière des emplois publics est pareillement encombrée ; d’ailleurs, sans le secours de protecteurs puissants, un jeune homme ne peut rien attendre de ce côté. Le peu de considération accordée à la noble profession d’instituteur l’a fait regarder jusqu’à ce jour comme un pis-aller. L’arpentage, le génie civil, l’architecture ne sont une ressource que pour un très-petit nombre d’individus. L’armée et la marine sont à-peu-près fermées à notre jeunesse.

Le pauvre Jean Rivard, obsédé de tous côtés par les donneurs d’avis, ne songea pas d’abord à braver le préjugé régnant, et quoiqu’il ne se sentît de vocation pour aucune des professions dont nous venons de parler, il songea à se faire admettre à l’étude du droit. La loi l’astreignait à cinq années de cléricature, mais il