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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/109

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JEAN RIVARD

Vers la fin du mois d’août, nos défricheurs étaient occupés à l’abattage d’un épais taillis de merisiers, à quelque distance de leur habitation, lorsqu’il prit fantaisie à Jean Rivard d’aller aux environs examiner l’apparence d’un champ de sarrasin qu’il n’avait ensemencé qu’au commencement de l’été. Il marchait en fredonnant, songeant probablement au résultat de sa prochaine récolte, et à tout ce qui pouvait s’en suivre, lorsqu’il aperçut tout-à-coup à quelques pas devant lui un animal à poil noir qu’il prit d’abord pour un gros chien. Jean Rivard, surpris de cette apparition, s’arrêta tout court. De son côté, l’animal occupé à ronger de jeunes pousses, releva la tête et se mit à le regarder d’un air défiant, quoique ne paraissant nullement effrayé. Jean Rivard put voir alors, aux formes trapues de l’animal, à sa taille épaisse, à son museau fin, à ses petits yeux rapprochés l’un de l’autre, à ses oreilles courtes et velues, qu’il n’avait pas affaire à un individu de l’espèce appelée à si bon droit l’ami de l’homme ; et quoiqu’il n’eût encore jamais vu d’ours, cependant ce qu’il en avait lu et entendu dire ne lui permettait pas de douter qu’il n’eût devant lui un illustre représentant de cette race sauvage et carnassière.

L’ours noir n’est pourtant pas aussi féroce qu’on le suppose généralement ; la mauvaise habitude qu’ont les nourrices et les bonnes d’enfant d’effrayer leurs élèves en les menaçant de la dent des ours fait tort dans notre esprit à la réputation de cet intelligent mammifère. Il est presque inouï qu’un ours noir s’attaque à l’homme ; il ignore ce que c’est que la peur, mais il se borne à se défendre. Ce n’est même que lorsqu’il souffre de la faim et qu’il ne