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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/104

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LE DÉFRICHEUR

vers, de graines et d’insectes, et en partie d’une légère ration d’avoine qui leur était distribuée tous les deux ou trois jours. Les poules pondaient régulièrement et payaient ainsi beaucoup plus que la valeur de leur pension, sans compter que leur caquet continuel, joint aux mâles accents du coq, parfait modèle de la galanterie, donnaient aux environs de l’habitation un air de vie et de gaîté inconnu jusque là.

Mais puisque j’ai promis de dire la vérité, toute la vérité, je ne dois pas omettre de mentionner ici une plaie de la vie des bois durant la belle saison ; un mal, pour me servir des expressions du fabuliste en parlant de la peste,

      Un mal qui répand la terreur
      Et que le ciel dans sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre…

Je veux parler des maringouins.

Durant les mois de mai et de juin, ces insectes incommodes, sanguinaires, suivis bientôt des moustiques et des brûlots, s’attaquent jour et nuit à la peau du malheureux défricheur. C’est un supplice continuel, un martyre de tous les instants, auquel personne n’a pu jusqu’ici trouver de remède efficace. Heureusement que ce fléau ne dure généralement pas au delà de quelques semaines. Vers le temps des grandes chaleurs, les maringouins quittent les bois pour fréquenter les bords des lacs, des rivières ou des marais.

Pierre Gagnon faisait feu et flamme contre ces ennemis fâcheux ; leur seul bourdonnement le mettait en fureur. Dans son désespoir il demandait à