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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/100

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LE DÉFRICHEUR

longue ligne noire, paraissant effleurer les nuages, d’autres s’envolant dans l’espace, à portée du fusil, tandis que plus tard des voliers de tourtes plus nombreux encore font entendre dans leur course comme le bruit d’un ouragan impétueux, et viennent raser le sommet des jeunes arbres. Jean Rivard qui dans ses travaux de défrichement avait toujours le soin de se faire accompagner de son fusil, revenait souvent, à sa cabane les épaules chargées de plusieurs douzaines de ce succulent gibier.

Mais c’était le dimanche après-midi que nos trois solitaires se livraient le plus volontiers au plaisir de la pêche et de la chasse. La matinée se passait généralement dans le recueillement ou dans la lecture de quelque chapitre de l’Imitation de Jésus-Christ, petit livre, comme on sait, doublement intéressant pour notre héros, puis tous trois partaient l’un portant le fusil et ses accompagnements, les autres chargés des appareils de pêche.

Peu de temps après son arrivée dans le Canton de Bristol, Jean Rivard avait découvert, à environ deux milles de son habitation, un charmant petit lac qu’il avait appelé le « Lac de Lamartine, » parceque cette poétique nappe d’eau lui avait rappelé involontairement l’élégie du grand poète intitulée « Le Lac, » et aussi un peu pour faire plaisir à son ami Gustave qui raffolait de Lamartine. Ce lac était fort poissonneux. On y pêchait une espèce de truite fort ressemblante à la truite saumonée, et d’autres poissons moins recherchés, comme l’anguille, la carpe, la perche chaude, la barbue, la barbotte, etc. Il était de plus fréquenté par une multitude de canards noirs qu’on voyait se promener ça et là, par des poules