Page:Fustel de Coulanges - La Cité antique, 1870.djvu/458

Cette page n’a pas encore été corrigée

sacerdotale, cette sorte de patriotisme disparut avec toutes les vieilles croyances. L’amour de la cité ne périt pas encore, mais il prit une forme nouvelle.

On n’aima plus la patrie pour sa religion et ses dieux ; on l’aima seulement pour ses lois, pour ses institutions, pour les droits et la sécurité qu’elle accordait à ses membres. Voyez dans l’oraison funèbre que Thucydide met dans la bouche de Périclès, quelles sont les raisons qui font aimer Athènes : c’est que cette ville veut que tous soient égaux devant la loi ; c’est qu’elle donne aux hommes la liberté et ouvre à tous la voie des honneurs ; c’est qu’elle maintient l’ordre public, assure aux magistrats l’autorité, protège les faibles, donne à tous des spectacles et des fêtes qui sont l’éducation de l’âme. Et l’orateur termine en disant : Voilà pourquoi nos guerriers sont morts héroïquement plutôt que de se laisser ravir cette patrie ; voilà pourquoi ceux qui survivent sont tout prêts à souffrir et à se dévouer pour elle. L’homme a donc encore des devoirs envers la cité ; mais ces devoirs ne découlent plus du même principe qu’autrefois. Il donne encore son sang et sa vie, mais ce n’est plus pour défendre sa divinité nationale et le foyer de ses pères ; c’est pour défendre les institutions dont il jouit et les avantages que la cité lui procure.

Or ce patriotisme nouveau n’eut pas exactement les mêmes effets que celui des vieux âges. Comme le cœur ne s’attachait plus au prytanée, aux dieux protecteurs, au sol sacré, mais seulement aux institutions et aux lois, et que d’ailleurs celles-ci, dans l’état d’instabilité où toutes les cités se trouvèrent alors, changeaient fréquemment, le patriotisme devint un sentiment variable et inconsistant qui dépendit des circonstances et qui fut sujet aux mêmes fluctuations que le gouvernement lui-même. On n’aima sa patrie qu’autant qu’on aimait le régime politique qui y prévalait momentanément ; celui qui en