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souvenirs d’une actrice.

t’accoutumer aux allures qu’il te faut prendre ; et il lui fit répéter son rôle. Je ne pouvais, en le voyant ainsi, m’empêcher de rire, et cela mettait Fusil en colère. Il est certain que la circonstance n’était rien moins que gaie. Martainville n’avait jamais d’argent, et Fusil, dont les appointements étaient presque entièrement saisis, n’en avait guère. Cependant il lui donna trois cents francs qu’il venait de recevoir. Le lendemain étant le jour de garde de mon mari, Martainville s’achemina à la barrière, le dos voûté, comme on le lui avait recommandé, avec un grand panier rempli de provisions, au bras. Nous lui avions fait emporter des provisions, afin que, tant qu’il serait près de Paris, il n’entrât pas dans les auberges ou dans les cabarets. Son permis était en règle. Il ne lui arriva rien de fâcheux, et il sortit de Paris sans obstacle. Mais si l’on avait soupçonné Fusil d’avoir favorisé sa fuite, Dieu sait ce qui lui serait arrivé, car à cette époque nulle opinion ne vous défendait. Michot en fit l’observation à mon mari, et je n’ai pas oublié qu’il ajouta :