Page:Froger - À genoux, 1878.djvu/263

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
Book important2.svg Les corrections sont expliquées en page de discussion

XXVI

LES MUSICIENS


Sur un fleuve grand comme un fleuve d’Amérique,
Dont nul n’a jamais vu la source ni les bords,
Un soir, au son rhythmé des harpes et des cors,
Nous nous embarquerons pour un ciel chimérique.

Nous n’écouterons point la plainte idolâtrique
Des hommes. Nous n’aurons plus d’âme ni de corps ;
Mais nous aurons nos voix, dont les puissants accords
S’uniront pour chanter leur chant le plus lyrique.

Un soir, las de chanter, nous nous inclinerons
Sur le flot du grand fleuve, et nous l’écouterons ;
Et tous ces bruits, d’autant plus doux qu’ils sont plus vagues,

Nous porteront, après bien des jours fortunés,
De musique en musique et de vagues en vagues,
Aux lieux où nous vivions en des temps éloignés.