Page:Froger - À genoux, 1878.djvu/254

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


L’étendard colossal, magnifique, opulent,
Qui flotte aux quatre vents du monde, étincelant
Comme la mer et clair comme l’air tout ensemble.
Au milieu des profonds combats, ce drapeau semble
Pour qui le voit avec l’œil du cœur, flottant seul
Sur les derniers débris des mondes, le linceul
Funéraire de ceux qui sont morts dans la lutte.
Et visible comme un phare sur une butte,
Il demeure impassible et grave et radieux,
Superbement gardé par les vainqueurs des dieux.
Il est le ciel en qui l’âme des choses mortes
Revit. Sur la montagne offerte aux foules fortes,
Dans l’air glacé planant de toute sa hauteur,
Il est l’avertisseur et le consolateur ;
Il est l’ami fidèle et sûr des épopées.
Un soir de lutte on a pris les claires épées
Des plus vaillants, et l’on a taillé ce lambeau
Dans le céleste azur éblouissant et beau.
Les monts, ces vieux amants des solitudes veuves,
D’un peu de neige blanche ont fait les plus grands fleuves
Et les plus grandes mers, et Dieu plein de bonté
D’un peu d’azur a fait toute l’immensité.
Or, étant fait de neige et d’azur, et superbe,
Et dans le vent flottant comme une gerbe d’herbe,
Et même dans l’horreur des batailles ayant
Un air voluptueux, ce monstre est effrayant,