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XII

LE BEAU SERPENT


Le beau serpent avait fermé ses yeux si tristes,
Et las d’avoir lutté contre les froids hivers,
Commençait à dormir sous les feuillages verts,
Quand retentit le chant merveilleux des harpistes.

Le chant disait les pleurs des hommes égoïstes ;
Puis il criait avec l’accent profond des mers
Le désespoir des cœurs emplis d’amours amers.
Le beau serpent rouvrit ses yeux pleins d’améthystes.

Et les musiciens marchaient vers l’horizon.
Alors abandonnant sa dernière maison,
Le serpent les suivit vers les terres avares,

Amoureux de ce bruit lent comme un chant de mort.
Et trente jours après les joueurs de guitares
Virent le beau serpent qui les suivait encor.