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M. Cabillaud souffrait dès lors avec une telle persistance qu’il pria Jacques de lui rendre quelques menus services, et notamment de le peindre avec de la teinture d’iode, de façon qu’il pût passer avec tranquillité l’heure sacrée du repas du soir. Parce qu’il n’avait pas voulu s’exposer à manquer de la précieuse provision pour le moment même où il voulait être le plus dispos, le plus calme, le plus agile de corps et d’esprit, il avait, tout l’après-midi, enduré la sensation d’aiguilles de glace qui, pénétrant dans quelques uns de ses muscles, eu arrêtaient le moindre jeu, sous peine d’une vengeance cruelle et immédiate.

Jacques promenait sur les épaules, le dos et la poitrine de M. Cabillaud le soulagement délicieux de la teinture magique où les sels des goémons sont concentrés à une puissance suprême. Il éprouvait de la joie à se sentir le dispensateur d’une santé, passagère sans doute, mais si appréciable… Et M. Cabillaud, ranimé, laissait de nouveau échapper de ses lèvres ce flux de paroles sages, dont l’élégance, la syntaxe et l’élévation morale le faisaient ressembler à un philosophe grec qui eût lâché l’ésotérisme pour se mettre davantage à la portée de la vie courante.