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désirs, les désillusions et les mécomptes que la Providence te permit d’en retirer pour ton perfectionnement moral, tu te retrouveras dans le héros de ce livre. Si tu aimes t’attarder quand tu es en route et ne regarder que les magasins du trottoir de gauche quand tu suis fidèlement, sans en rien voir, le trottoir de droite, si tu connais les charmes du loisir et de la divagation, tu goûteras mon livre. Il ne demande aucun effort pour être lu. Que tu l’ouvres par le milieu, il te sera aussi intelligible que si tu l’abordes au premier chapitre. Pareil à l’éternité, il n’a ni commencement ni fin, mais il est moins long.

Ce livre n’a aucun rapport avec ceux que l’on fait aujourd’hui et tu ne t’en apercevras que trop si tu apprécies les thèses, les hypothèses et les théories. Il ne prouve rien, sinon cette banalité terrible : qu’il serait bien meilleur de ne jamais vieillir et d’être toujours fou. Il jase et il s’égare. Parfois, tout lui semble mystérieux : la trahison d’une femme, le murmure d’une lampe emmaillotée dans ses dentelles, la marche hâtive d’une tortue, mais souvent, par contre, il rit des choses les plus sacrées. Il est inconsistant, discret, bizarre comme un rêve ; il finit aussi mal que lui, aussi mal que la jeunesse…

Oh ! pardon ! pas la tienne, sérieux lecteur, pas la tienne, que continue un âge mûr plein de confort et sûr de lui-même et que couronnera une vieillesse sage, abondante en petits-enfants. Pardon, lecteur, quand je serai grave : je me laisse aller ; il n’y faut pas faire attention. Toi seul as le droit d’être grave.

Je m’aperçois, (un peu tard), que j’aurais dû plutôt m’adresser à ma lectrice… Il en est peut-être temps encore.

Lectrice, je te prends à part, charmante lectrice, loin de ton grave mari. Ne prends pour toi pas un seul mot de ce que j’ai dit à ce butor de lecteur (oh ! je parierais qu’il