Page:Francis de Miomandre - Écrit sur de l'eau, 1908.djvu/179

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


toute brillante et pimpante, paraissait davantage un passage qu’une rue, et le ciel, au dessus d’elle posé, tout près, dépoli et sombre, avait l’air d’un dôme de verre bleuâtre, d’une seule coulée fantastique. Jacques se promena, entra aux magasins de Guerre et Paix pour y accomplir un pèlerinage au comptoir des blancheurs polaires, où la Fée avait bien voulu condescendre à écouter une supplication humaine, il rencontra, en sortant, Ludovic d’Hernani qui s’amusait à deviner des âmes féminines aux indices d’une robe de marbre ou d’une coiffure d’ébène, il imagina toutes les parures des joailliers glissant entre les doigts de son amie et enfin, remontant à regret vers l’horloge de la Préfecture qui planait loin dans le ciel au dessus de la masse noire et nulle qu’elle surplombait, il regagna la rue des Arcades et le petit coin du monde où il passait la majeure partie de ses jours…

Avant même qu’il eût refermé la porte de son appartement, M. Cabillaud qui, vraisemblablement déambulait de long en long dans le corridor, l’accueillit par cette révélation stupéfiante :

— Ton père est parti ce soir. Puis il alla tomber assis sur le canapé de la salle à manger où il s’épongea le front, en proie à une grande angoisse.

— Qu’est-ce que vous me racontez là ? s’étonna le jeune homme, mais sans bien comprendre ce qu’il disait, et à seule fin de faire quelque bruit en paroles.

— C’est pourtant clair, reprit M. Cabillaud en remettant son mouchoir dans sa poche, d’un geste méticuleux malgré son trouble. Je te dis que ton père est parti et qu’on ne sait pas où il est. C’est du propre !

— Mais comment savez-vous ?…

— Tiens ! voilà comment je sais… j’ai trouvé ça en évi-