Page:Francis de Miomandre - Écrit sur de l'eau, 1908.djvu/154

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Mais bien avant, si l’affaire est finie, répondit M. de Meillan dans un sourire ineffable. En disant quinze jours, je fixe le délai le plus long.

— C’est très beau, très beau… Mais j’aurais préféré cent francs ce soir, et renoncer à tous mes droits sur l’avenir.

— Voilà justement qui est tout à fait impossible ! Aujourd’hui, vois-tu, quand bien même l’encaisseur de la Banque, suivi de tous les recors de Marseille, viendrait me menacer, un centime, je dis un centime, ne sortirait pas de cette maison. Et pour cause… M. de Meillan ouvrit un tiroir, en retira une boîte de carton pleine de sous et la renversa sur la table :

— Voilà ! dit-il. C’est clair… Aux temps heureux où la monnaie de billon de l’Italie, de la Grèce, de la République Argentine, du Pape et de l’Angleterre avait cours dans cette noble cité, j’aurais pu retirer quatre francs de cette collection. Aujourd’hui je ne pourrais l’utiliser que sur les balances automatiques. Je te laisse le soin de conclure s’il m’est possible de te donner cent francs ce soir.

— Et toi-même, comment vas-tu ?…

— D’ici la signature du traité ?… Ah !… Dieu y pourvoira,… comme dit ma chère cousine Léonie, lorsqu’on lui parle de la déconfiture d’un de ses parents.

— Eh bien ! papa, il ne me reste qu’à me retirer, et à te souhaiter bonne chance.

— Mon pauvre petit Jacques, je suis navré d’être obligé de te refuser ce que tu me demandes. À ton âge, c’est bien dur d’être privé d’argent de poche, surtout quand on a, comme dans notre famille, des goûts de confortable et de vie à grandes guides… Si seulement cette satanée basoche n’avait pas mis l’embargo sur le petit héritage de ta tante, on aurait pu demander une avance, l’arriéré des