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ment le chemin de ses pensées, jusqu’à l’extrême horizon de l’avenir. On sait où cela mène-Le vautour lit bien une tentative pour pénétrer dans la salle à manger, mais, dès qu’il le vit, son maître le repoussa cruellement.

— Eugénie, dit-il, qu’est-ce qu’on a collé autour de la tête de cette sale bête ?

— Monsieur, c’est un petit cataplasme de mie de pain que je lui ai attaché avec un bandage, parce que ce pauvre Coco s’est brûlé la joue, l’autre matin, en tombant sur le coin du fourneau.

— Vous êtes folle, ma fille ! Un cataplasme sur la tête, pour faire monter le sang !… J’aurais compris un bain de moutarde, mais pas trop chaud, de manière à ne pas décoller la peau des pattes…

Et M. de Meillan se lança dans des considérations à perte de vue sur les vautours, leurs maladies, les bains de moutarde, la médecine en général et, d’une façon plus universelle, les malheurs innombrables qui sont notre lot, dès que nous ouvrons les yeux au spectacle de ce monde incompréhensible.

Au dessert, M. Cabillaud demanda s’il n’encombrerait personne en demeurant chez ses amis jusqu’à quatre heures, moment où il lui faudrait descendre pour aller à un rendez-vous avec un monsieur très bien, mais qui, depuis dix-sept jours, et sans que rien expliquât sa conduite, lui faisait faux bond. On l’assura du plaisir qu’on aurait à le garder le plus longtemps possible, on lui donna quelques journaux et Jacques, ayant averti son père qu’il avait à lui parler, le suivit dans son cabinet de travail.

Le cabinet de travail de M. de Meillan, image fidèle de son âme de dilettante, témoignage des préoccupations successives de sa vie, était une petite pièce rectangulaire où