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de dans sa corbeille de noces. Ceci soit dit en passant, par manière de conseil à nos fils, quand ils auront vingt ans.

De l’argent ? Où trouver de l’argent ? Mille réponses diverses tournoyaient dans sa tête, concluant toutes à la sinistre négative, en même temps qu’elles exprimaient les derniers postulats de la Sagesse :

— On ne tond pas plus sur le crâne d’un vautour que sur la carapace d’une tortue ;

— On peut bien pour vingt-cinq sous acheter un superbe carnet de chèques, mais à quoi sert de posséder un carnet de chèques, si on n’a pas de compte à la Banque ?

— Un sou et un sou font deux sous, mais rien et pas d’argent, ensemble ratisses, ne font pas l’ombre d’un centime ;

— Il y a bien le frac de l’oncle Adolphe, mais on n’en donnerait pas cinq francs au Mont-de-Piété ;

— Il y a bien ma montre d’or, mais elle est sacrée. Quand une montre est engagée, d’ailleurs, on ne sait jamais quand elle se libérera ;

— Si tu avais mis de côté tout l’argent qu’on t’a donné depuis ta naissance, au lieu de le gaspiller en achats de berlingots, de livres et de cravates, ou de le reprêter inconsidérément à ton père, tu pourrais très bien avoir un petit appartement au mois, avec une antichambre, et toutes les commodités du luxe contemporain ;

— Eugénie, possède certes, quelques économies, mais c’est toujours une déchéance pour le maître que de devoir au domestique. Et puis, ces gens-là n’ont que trop de tendances à la familiarité.

— De l’argent ?… Ah ! mais je vais en demander à mon père. La mine d’alcool du Caucase peut bien servir à quelque chose.

M. de Meillan, malheureusement, ne fut pas seul à table