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le signala dans l’appartement d’Eucrate où il prit du café turc et discuta sur l’esthétique de Mallarmé, en compagnie de Ludovic et de Norbert ; le mardi, il rencontra dans le salon de Ludovic son illustre confrère Alphonse Caquet, qui avait découvert que la vie était belle et essayait de le prouver par le drame, le livre, la conférence et l’exemple personnel, et il est à peine besoin de dire qu’il y retrouva Norbert, Eucrate et Olivier. Mais, malgré tant de diversion l’image obsédante d’Anne délicieuse hantait son cerveau, comme une peinture savante et mordante persiste sous les vains badigeons de l’iconoclaste.

Enfin le jour béni, comme tous les autres jours de l’année, se déroula avec toutes ses heures, jusqu’à ce qu’il amenât la suprême, celle où il la vit, elle le rêve et la promesse du bonheur, non plus inattendue et magique, mais annoncée par elle-même, humanisée déjà par le baiser offert, proche, désirable, souple, ici.

Ce fut dans le salon de Mme Bombard, rue Saint-Jacques.

On venait de dire beaucoup de mal de beaucoup de femmes charmantes, entre autres de Madame Mazarakis, que Jacques ne connaissait point, Madame Mazarakis, la femme du millionnaire illustre présenté à M. de Meillan par Pampelunos et Micaëlli. On rappelait de cette dame, — et dans toutes autres circonstances Jacques aurait dormi debout, — qu’elle avait eu une existence des plus mouvementées, que M. Machin et M. Chose, enfin, n’est-ce pas, ma chère, à quoi bon insister cruellement sur des événements connus de tous ?… D’ailleurs, c’était surtout avec M. Système. Et M. Mazarakis restait le meilleur ami de M. Machin, de M. Chose et de M. Système. Mais tout cela, c’est le monde, ma chère, une combinaison diablement louche et dont nous pouvons nous féliciter de ne