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Seul, Olivier Laurent fut irréductible. C’est à peine s’il daigna s’excuser sur le fait que, debout sur une chaise et les mains derrière le dos, il n’en avait point l’usage.

— D’ailleurs, ajouta-t-il, elles n’ont point l’habitude de serrer les vôtres, pilier d’estaminet, sauvage ivre d’alcool ! Je n’ai rien de commun avec vous, et si nous avons passé par la même porte, c’est bien parce qu’il n’y en a point deux. Tout me dégoûte en vous, jusqu’à votre nom, qui est le comble du ridicule. Paolo Mercanti ! on n’a pas idée de se choisir un nom comme ça. Parlez-moi d’Olivier Laurent. Celui là est drôle, il est spirituel, il plaît aux dames et il vous a un fumet de grâce et de distinction.

Mercanti haussa les épaules, habitué à ces fumisteries, mais tous les autres littérateurs goûtaient de secrètes et ineffables joies à entendre leur ami chanter ainsi la juste et l’équitable contre-partie de leurs louanges.

Eugénie entra, soupesant sur un plateau de laque le thé obtenu avec les vingt sous que M. de Meillan avait donnés la veille à son fils.

— Avez-vous fait de nouveaux vers ? s’informa celui-ci avec politesse, en remplissant les tasses.

— Quelques-uns, oui, depuis que je ne vous ai vus, répondit Paolo Mercanti en extrayant de la poche intérieure de son veston une petite liasse de papiers.

— Mes œuvres complètes, continua-t-il avec un sourire.

— La qualité nous dédommagera amplement de la quantité, remarqua Eucrate avec emphase.

— Vous n’en avez pas publié quelques-uns dans une revue de Paris ? s’étonna Norbert Esmont.

— J’en ai envoyé à la Revue Rouge.

— Eh bien ! palpita d’Hernani.

— On me les a retournés.