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Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/554

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SAND (GEORGES).

La grève de sa trace
Ne peut rien retenir ;
D’elle, hélas ! tout s’efface,
Tout, hors le souvenir !

Le pieux solitaire
A cru souvent, la nuit,
Voir sa forme légère
Glisser dans son réduit ;
Mais, loin qu’il l’exorcise,
À son regard si doux,
Pour un ange il l’a prise
Et s’est mis à genoux.

Du chasseur téméraire
Elle égare les pas,
Et rase la bruyère
En lui tendant les bras ;
Sur la mare trompeuse,
Qu’elle effleure sans bruit,
Elle l’attend, moqueuse,
L’y fait choir, et s’enfuit.

Mais, dit-on, la diablesse,
Soit caprice ou remord,
Parfois d’une caresse
Tient en suspens la mort.
Eh bien ! Mab est si belle,
Qu’on me verrait courir
Après un baiser d’elle,
Quand j’en devrais mourir.